À la première écoute, le son si particulier de Thee Marloes peut sembler familier. On y retrouve une batterie puissante, une guitare aux accents chaleureux et une voix magnifique qui chante les amours non partagées ou les complexités des relations humaines. Pourtant, quelque chose distingue immédiatement Thee Marloes : leur musique possède une identité nouvelle et singulière. Si la soul vous est sans doute familière, vous ne l'avez probablement jamais entendue venir de Surabaya, en Indonésie, la ville dont le trio est originaire.
Composé de Natassya Sianturi au chant et aux claviers, Sinatrya « Raka » Dharaka à la guitare et Tommy Satwick à la batterie, le groupe s'est formé de manière assez simple, même si le résultat est tout sauf ordinaire. Influencé dans un premier temps par le hip-hop américain et le rock alternatif, Raka s'est rapidement mis à écrire ses propres chansons. Chaque soir, après le travail, il composait et peaufinait ses morceaux sans vraiment savoir ce qu'il en ferait. Même à l'état d'ébauche, il sentait qu'ils avaient du potentiel.
Sa rencontre avec Tommy lui permet de donner une nouvelle dimension à ces compositions. Partageant les mêmes influences musicales et la même passion, les deux musiciens commencent à se produire sur scène, en accompagnant d'autres groupes ou en animant des soirées comme DJs à travers l'Indonésie et l'Asie du Sud-Est. Sans le savoir, cette période d'apprentissage, de concerts et de découvertes allait poser les bases essentielles de leur futur son.
Une étape décisive est franchie en 2019. Lors d'un concert local, Raka et Tommy découvrent une chanteuse qui les impressionne immédiatement : Natassya. Sa voix, à la fois puissante et pleine d'émotion, leur donne immédiatement envie de collaborer avec elle. Issue d'une famille de musiciens, elle a grandi au sein de l'Église, où elle a perfectionné sa technique vocale dans une chorale. Son talent, associé à des influences aussi variées que The Jackson 5 ou Erykah Badu, en faisait la partenaire idéale.
Raka et Tommy l'invitent à participer à une session d'enregistrement, et il devient vite évident qu'elle apporte une profondeur artistique essentielle à leur musique. Presque naturellement, le trio trouve alors sa véritable identité : un mélange authentique de sensibilité indonésienne et d'influences universelles empruntées à la soul, au jazz et à la pop.
À l'époque, la musique que compose Thee Marloes n'a pratiquement aucun équivalent sur la scène indonésienne. « Nous n'avions pas vraiment de groupes qui jouaient cette soul brute et authentique », explique Raka. « Cela nous a donné envie d'en apprendre les codes pour créer notre propre couleur musicale. »
Faute de modèle à suivre, Thee Marloes trace son propre chemin, qui commence dans leur home studio. Véritable refuge créatif, cet espace leur permet de composer, jouer, improviser et expérimenter librement, sans pression extérieure. C'est dans cette atmosphère que leur univers s'épanouit et prend forme, jusqu'à attirer l'attention du prestigieux label Big Crown Records.
« J'en tremblais quand nous avons reçu leur premier message », se souvient Natassya. « Nous n'arrivions pas à croire que c'était réel. » Le groupe connaissait déjà très bien Big Crown : des artistes comme Lee Fields ou El Michels Affair avaient largement contribué à façonner leur culture musicale. Avec le recul, cette rencontre semblait presque écrite d'avance.
La découverte du premier album de Thee Marloes, Perak, débute avec un premier 45 tours qui révèle deux facettes très différentes de leur univers. La face A, « Midnight Hotline », est un morceau funk énergique porté par une batterie percutante, un piano envoûtant, des riffs de guitare jazzy et des paroles qui captivent immédiatement l'auditeur.
À l'opposé de cette énergie, la face B, « Beri Cinta Waktu », adopte la forme d'une grande ballade soul traditionnelle… chantée en indonésien. Malgré la barrière de la langue, l'émotion qui traverse leur musique est universelle, rendant leurs chansons profondément sincères et accessibles à tous.
Le reste de Perak s'inscrit parfaitement entre ces deux extrêmes, tant par son énergie que par sa diversité linguistique. « I Know » est un morceau au tempo modéré qui évoque le dévoilement des mensonges au sein d'une relation construite sur la tromperie. « Not Today » dégage une atmosphère chaleureuse et groovy, idéale pour accompagner un dimanche matin. « Mungkin Saja » accélère le rythme et invite à la danse, tandis que « True Love » explore une soul teintée de jazz avec une ballade élégante qui pourrait parfaitement accompagner une scène de danse dans un film de Tarantino.
Perak est un voyage qui relie le cœur de Surabaya à l'âme de la soul. C'est l'histoire d'un groupe qui a créé son propre espace artistique là où il n'en existait pas, simplement par passion. Cette passion se ressent à chaque étape de leur travail, de l'écriture à l'enregistrement, jusqu'à leurs performances sur scène.
« Nous voulons partager ce que nous vivons », résume Natassya.
Quelle que soit la langue que l'on parle ou la culture dont on est issu, la musique et l'énergie de Thee Marloes possèdent un charme universel qui donne envie de les écouter encore et encore, pendant de nombreuses années.