Avec leur nouvel album Rhapsody, les extraordinaires chanteurs Ifedayo Gatling, Dennis Bailey et George Marage peuvent pleinement explorer toute l’étendue des musiques qui les ont influencés. Suite très attendue de leur album acclamé en 2021, Look Up!, ce disque plonge dans une période méconnue mais pourtant essentielle de l’évolution de la musique gospel.
À partir du milieu des années 1960, des groupes et chanteurs de gospel locaux ont commencé à intégrer des éléments issus de la soul et du funk populaires. En 2006, le label de rééditions basé à Chicago Numero Group a d’ailleurs publié Good God! A Gospel Funk Hymnal. Ami de longue date et mentor du groupe, Eli Paperboy Reed a alors proposé à HGT d’explorer le catalogue de Numero et d’enregistrer certains morceaux de gospel funk, réinterprétés à leur manière — allant de la soul old school et survoltée de « God’s Been Good to Me » au titre aux accents hip-hop « Get Involved ».
L’histoire de The Harlem Gospel Travelers débute lorsque Gatling et Marage se rencontrent alors qu’ils étudient sous la direction de Reed. Le groupe publie son premier album, He’s On Time, en 2019, accueilli avec enthousiasme par la critique, ce qui leur vaut des soutiens de premier plan comme Elton John et des programmations dans des festivals prestigieux, de Pilgrimage à Telluride Jazz. À l’origine un quatuor, ils intègrent ensuite Bailey et se reforment en trio avant l’enregistrement de Look Up!, leur premier album composé exclusivement de morceaux originaux.
À un moment où le monde remet en question les notions de genre, de catégories et de légitimité à s’inscrire dans certaines traditions, HGT est en parfaite résonance avec son époque. « Nous avons toujours trouvé difficile de rester cantonnés à une seule définition de ce que le gospel est censé être », explique Gatling. « Cet album nous a permis de découvrir des artistes qui étaient des innovateurs en leur temps, qui repoussaient les limites du son du gospel. Aujourd’hui, nous avons créé un projet dont le message est gospel, mais dont le ressenti et le son peuvent être absolument ce que l’on veut. »